Des histoires qui aident à comprendre les réalités et les comportements différents

Actualisé - Mardi 15 Décembre 2009

“Je me suis intéressée aux histoires, parce qu’elles sont une réflexion logique d’actions qui me semblent illogiques en tant qu'étranger et qui expliquent les raisons fondamentales d’être des hommes."Christine Sijbesma de l'IRC a partagé deux de ces histoires à la séance de conte très réussie, organisée par l’IRC après l'ouverture officielle de la Maison internationale de l'eau par le vice-maire de la Haye le 30 septembre 2009.

Utilisation de deux puits en Tanzanie
Les femmes d’un village de Morogoro, en Tanzanie, utilisaient deux puits. Elles entretenaient l'un et pas l'autre. Pourquoi ? Parce que le puits entretenu servait pour la boisson et le non-entretenu était destiné à la lessive et au bain.
Le puits qui servait à la boisson était profond, avec peu d'eau au fond. Elles ont dégagé les roseaux et la végétation de ce puits. Par ailleurs, pour puiser l’eau, elles se servent de longs poteaux auxquels elles ont attaché un bidon recyclé qui contenait de l’huile de cuisine aux extrémités. Quand ils ne sont pas utilisés, les poteaux sont placés à l'envers, sur le sol, de sorte que les bidons restent propres. Elles ont expliqué qu'au niveau de ce puits, l’eau ‘remonte’ du sol très lentement, de sorte que "le sol filtre l'eau" (une sorte de filtrage à sable).
En termes d'entretien, ou d’hygiène, à mes yeux, elles ne prennent pas soin de l'autre puits (pour la lessive et le bain) et il était plein de roseaux. La raison évoquée pour ne pas le nettoyer est que "les roseaux attirent les grenouilles et que ces dernières apportent de l’eau ; donc, si nous éliminons les roseaux, l’eau disparaîtra, parce que les grenouilles s’en iront"..Pour moi, c’est intéressant qu’à partir de l’observation d’un cas, elles arrivent à une déduction presque scientifique de la cause et de l'effet de la ressource en eau, alors que dans l'autre cas, elles inversent la cause et l'effet et examinent la question dans une perspective contraire.

Vietnam du nord : le bébé et l’eau du bain
La tradition au Vietnam est que la mère de l’époux vienne s'occuper du nouveau-né. Quand une amie a eu un bébé, sa belle-mère lui a interdit de se baigner ou de se laver pendant un mois. Quand le mari et la femme ont essayé de convaincre la mère de la nécessité de se baigner, cela a entraîné un conflit dans le ménage. Je leur ai demandé : "quel type d’eau utilisez-vous pour votre bain ?" La mère a répondu "l’eau de rivière" et la belle-fille, "l’eau du robinet". Pour moi, le conflit était alors compréhensible. L'eau de la rivière au Vietnam n'est pas très propre et l’habitude de ne pas se baigner après l’accouchement – soutenue par la sagesse populaire qui était scientifiquement correcte – a continué, même si la raison qui la soutendait ne tient plus. Ni belle-mère, ni belle-fille n’ont réalisé pourquoi la règle qui avait beaucoup de sens dans certaines situations ne convenait plus à leur cas spécifique.

Connaissance endogène
La conclusion à laquelle j’aboutis est que toutes ces histoires contiennent beaucoup de connaissances endogènes issues de la longue interaction directe des gens avec l'environnement et des conséquences de leurs expériences. Si elles font les choses différemment de nous, c’est parce qu'elles ont (ou avaient) de très bonnes raisons de le faire. Il est très important de trouver ces raisons. Il devient alors plus facile de discuter de toute question relative à l'assainissement, l'utilisation de l'eau et l'hygiène. Les histoires aident à comprendre les différentes réalités et le comportement des hommes !

Notes de Caridad Machín Camacho (camacho@irc.nl), lors de la séance de contes et histoires à l'IRC.


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