Népal : du pipi utilisé fièrement pour produire des légumes sains

Actualisé - Dimanche 22 Février 2009

De l’engrais anti-récession et qui lutte aussi contre la flambée des prix, il en existe. Il est contenu dans les urines humaines. La récession mondiale a entraîné une baisse de presque de moitié du prix de l’engrais en quelques mois. Cette situation s’est passée dans un contexte de flambée des prix jusqu'en décembre 2008 dans certains pays. Au Népal, le prix de l’engrais a augmenté de 300 à 500% pendant des mois jusqu'en décembre 2008, rapporte l'Organisation de l’environnement et de la santé publique (ENPHO). L’ENPHO a profité de la hausse du prix de l’engrais pour défendre la bonne qualité et les bas prix des engrais organiques.

L’ENPHO a fait la promotion des toilettes ECOSAN qui recueillent les urines et les fèces séparément pendant plusieurs années. Cependant, le stockage et le transport de l'urine dérivant des toilettes ECOSAN sont souvent difficiles. Des efforts sont en cours pour la cristalliser, afin qu’elle puisse être stockée et appliquée plus facilement. Le village de Siddhipur au Népal est pilote en ce qui concerne cette recherche. C’est un village de paysans situé à environ 10 kilomètres au sud est de Katmandou, avec une population d’environ 6 100 habitants qui pratiquent essentiellement la culture de subsistance. Il est également connu pour la production de nattes de paille Suku.

L'Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques (EAWAG/SANDEC), de concert avec ONU Habitat, conduit la recherche sur la production de struvite à partir des urines au Népal. La struvite est un minerai de phosphate découvert dans les réseaux d'égouts médiévaux de Hambourg en Allemagne au 19ème siècle. Elle s’obtient en ajoutant du sel de magnésium aux urines, provoquant la précipitation et la formation d’une grande partie de phosphate et d'une partie d'azote en cristaux blancs pouvant être éliminés par le filtrage. La recherche, connue sous le nom STUN – cherche à optimiser le réacteur et à évaluer l’économie au niveau de la production de struvite.

Les urines humaines sont d’abord recueillies auprès d’une douzaine de ménages dans le village de Siddhipur ; ensuite, "la machine magique" (le réacteur de struvite) produit de la poudre en employant une simple réaction de précipitation par ajout du magnésium et l’élimination par filtrage du solide avec un filtre en tissu.

Le projet vise à adapter le réacteur à l’échelle pilote, pour obtenir une méthode peu coûteuse, robuste et simple. En plus du précieux liquide jaune, la production de struvite requiert une source de magnésium. Mais les sels de magnésium tels que le sulfate de magnésium, doivent être importés d'Inde. La recherche porte maintenant sur les sources alternatives potentielles de magnésium, telles que les eaux mères (produits de déchets de sel de mer) ou la magnésite traitée, un minerai disponible localement.

Les agences du Népal espèrent que dans un proche avenir, la production de poudre à partir de l'urine franchira un nouveau pas, par la dérivation à partir des toilettes publiques des zones urbaines densément peuplées où urines sont produites en grande quantité et au niveau des communautés rurales, où le transport jusqu’aux champs est difficile. L'extraction de l'urine en poudre facilitera le recyclage, le transport et le stockage des nutriments et permettra de lier l'assainissement à la gestion durable des sols. Tout le monde pourra apporter sa contribution à la production de légumes sains à partir de la ferme. Faire pipi dignement.

Bhushan Tuladhar (rc@enpho.org), ENPHO


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