Le silence est rompu sur l'hygiène pendant la période des menstrues au Bangladesh
Actualisé - Mardi 01 Avril 2008
Indépendamment de l’élimination des excréta, les femmes et adolescentes du Bangladesh utilisent les latrines pour gérer leurs périodes de menstrues. Cependant, la plupart des programmes d'assainissement sont muets sur ces besoins et ont ignoré la gestion des périodes des règles dans la conception et la construction de latrines et l’ont exclu du paquet d'éducation à l'hygiène. Même les programmes de santé préventive et de la reproduction des pays en développement n’abordent pas souvent cette délicate question.
Les femmes et les filles pauvres dans beaucoup de pays ne peuvent pas s’offrir des tampons ou serviettes hygiéniques. La grande majorité d’entre elles au Bangladesh utilisent des chiffons habituellement découpés dans de vieux saris, connus sous le nom de ‘nekra’, en lieu et place des tampons ou serviettes hygiéniques. Les chiffons sont rapidement lavés, dans un petit pot d'argile ou un bac à eau en plastique appelé ‘bodna', souvent à l'intérieur des latrines et sont employés plusieurs fois. Il n'y a pas d’endroit intime pour se changer et nettoyer les chiffons et souvent, il n’y a pas d’eau potable, ni du savon pour les laver correctement. La culture de la honte force ces femmes et filles à aller vers des endroits discrets, même dans leurs domiciles, pour sécher les chiffons. Ces endroits sont souvent humides, obscures et malsains.
Cette pratique est la cause d'un nombre important de maladies et d'infections liées à la santé de la reproduction des femmes. Les chiffons sales provoquent des infections urinaires et vaginales très graves qui ne sont pas souvent traitées. Telle est l'image globale qu’offrent les taudis en milieu urbain et rural du Bangladesh.
Surmonter la gène de départ
Pendant la phase de conception en 2002 du nouveau programme d'eau et d'assainissement soutenu par le DFID, il a fallu presqu’une année à WaterAid Bangladesh pour rompre avec la gène de départ, même dans le milieu des femmes, pour arriver à discuter ouvertement de la prise en compte de la gestion de l’hygiène pendant la période de menstrues. Une enquête de référence menée en 2005 sur les croyances et les pratiques d'hygiène et de gestion de la période des menstrues dans les taudis de Dhaka a été suivie d'un atelier de partage et d'action entre le personnel masculin et féminin de WaterAid et les partenaires.
Après avoir entendu parler de la douleur des femmes et des filles, tous les participants en ont été émus et se sont engagés à traiter ces problèmes. Le personnel féminin a pris la responsabilité de discuter de la question avec les adolescentes et les femmes dans les villages, taudis et écoles. La discussion a porté sur :
- la mauvaise pratique à travers l’utilisation des supports visuels ;
- l’impact négatif sur la santé dû aux mauvaises pratiques d’hygiène ;
- comment les chiffons devraient être lavés, séchés et gardés ?
- une méthode appropriée de destruction des serviettes hygiéniques à travers la démonstration (utilisation de poupées et supports visuels) ;
- comment se servir de serviettes ou de tampons hygiéniques ?
- comment confectionner une serviette hygiénique à faible coût à domicile dans une région particulière du Bangladesh ?
- la prise en charge pour surmonter les barrières culturelles, en particulier la gène.
Vers la fin de l’année 2005, les partenaires ont entamé la discussion avec la communauté sur l'hygiène pendant la période des menstrues. Au cours de la première année d'intervention, ils se sont d’abord servis de matériaux existants appartenant à une organisation partenaire.
En 2007, WaterAid a développé un ensemble d’outils (supports visuels, livres de poche et poupées), pour amener les adolescentes à surmonter les limites des outils existants.
Incorporer la gestion des périodes des règles dans la conception et la construction de latrines
Au cours du travail de motivation dans le cadre de l’assainissement total centré sur l’initiative communautaire, les partenaires encouragent aussi les hommes et les femmes de la communauté à construire des « latrines amies des femmes », qui incluent un espace supplémentaire pour laver et sécher les serviettes.
WaterAid apporte une aide financière pour la construction des blocs de toilettes dans les lieux publics par exemple, les marchés, les centres de formation et les taudis en milieu urbain. Dans tous les blocs de toilettes sponsorisés, il y a des toilettes séparées pour les hommes et les femmes. Dans le nouveau modèle, la toilette pour femmes est d'un à deux pieds plus large que celle des hommes, avec une plate-forme d’un pied carré plus élevée et dispose d’infrastructures d’eau. Ces dernières ont été conçues pour permettre le lavage des chiffons. Un cintre est fourni en même temps pour les sécher. En plus de l’équipement de lavage, il y a des installations pour leur élimination. Les latrines pour femmes, plus larges ne servent pas uniquement à changer et à laver les serviettes hygiéniques. Les enfants peuvent également accompagner leurs mamans s'il y a lieu ; les handicapés de même que les malades ont également parfois besoin de l'aide des autres.
Au départ, WaterAid Bengladesh (WAB) a soutenu la construction de compartiments séparés dans les blocs de toilettes communautaires pour permettre la gestion de la période des menstrues. Mais les femmes et les filles préfèrent un dispositif à l'intérieur des latrines, plutôt que les compartiments séparés.
L'existence de « toilettes amies des femmes » dans les taudis, marchés et écoles en milieu rural est le signe de la reconnaissance de leurs besoins particuliers et pratiques dans le monde en développement.
Nous apportons notre caution à WaterAid Bangladesh et espérons que cet article déclenchera une prise de conscience et des actions accrues au cours de l’Année internationale de l’assainissement (ISY).
Cet article est adapté d'un autre de Rokeya Ahmed, conseiller en questions de pauvreté et d’équité et Kabita Yesmin, chargé de programme (Développement social) à WaterAid/Bangladesh. Il a été présenté à l'atelier des praticiens de l’hygiène et de l’assainissement d'Asie du Sud tenu au Bangladesh du 29 au 31 janvier 2008 et organisé par BRAC, WaterAid et le Centre international de l’eau et de l’assainissement (IRC), avec l'appui du WSSCC.
Légende photo : latrine domestique à faible coût et « amie des femmes » (avec une base en bois pour nettoyer les chiffons

