Qu’est-ce qu’un impluvium ? L’expérience du CREPA dans la réalisation d’un impluvium

Actualisé - Jeudi 03 Novembre 2005

Faq sur le captage des eaux de pluies par les impluviums, écrit par CREPA, Burkina Faso

Introduction
La maîtrise des techniques de mobilisation des ressources en eau constitue à n’en pas douter pour bon nombre d’Etats, un centre d’intérêt qui conditionne toute forme de développement. Plusieurs institutions spécialisées régionales ont développé, de nombreuses technologies en vue de satisfaire la demande en eau de plus en plus croissante des populations. Le captage des eaux de pluie bien que utilisées depuis des temps immémoriaux fait partie de ces technologies.

Face aux effets néfastes des paramètres tels que la poussée démographique, la nature géologique des roches, la mauvaise qualité bactériologique et physico-chimique des eaux souterraines dans certaines régions, l’élévation de la température et la baisse de la pluviosité ont donné un regain d’intérêt à la recherche de technologies les plus appropriées. Le choix de l’ouvrage ou de la technique devra tenir compte :

- de l’origine de la ressource (eau de surface, eau souterraine ou eau de pluie) ;

- des facteurs sociaux, économiques et culturels ;

- des autres facteurs environnementaux.

Centre collaborant de l’O.M.S créé en 1988 dans le but de contribuer à l’atteinte des objectifs de la décennie internationale pour l’eau potable et assainissement (DIEPA 81-90), le Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement à faible coût (CREPA) ambitionne de promouvoir les technologies appropriées de l’eau et de l’assainissement (7). Avec sa forte expérience, le CREPA a développé ou adapté de multiples technologies utilisées de nos jours par les communautés.

C’est donc dans cette logique, après une phase d’expérimentation jugée concluante qu’il vulgarise aujourd’hui, deux types d’impluviums.

Parmi les multiples techniques réalisées, ce document fera état des systèmes de captage des eaux de pluies, communément appelé impluvium et qui, ont été vulgarisés par le CREPA.

Captage des eaux de pluies par les impluviums

Qu’est-ce qu’un impluvium ?
Un impluvium est un système de captage et de stockage des eaux de pluies. Il se compose de trois parties essentielles :

- une aire de captage : elle peut être la toiture d’une maison ou d’un bâtiment ou une aire de collecte des eaux de pluie spécialement aménagée ;

- une ou plusieurs gouttières en bambou, en tôle galvanisée ou en PVC : elles servent à collecter les eaux provenant de la toiture et à les canaliser vers les citernes de stockage ;

- une citerne hors sol : elle reçoit les eaux provenant des gouttières par l’intermédiaire d’une conduite et les stocke pour une durée entre l’intervalle de deux saisons de pluie ou plus ;

- un système de déviation des premières pluies : grâce à ce système, les 1ère pluies qui drainent l’insalubrité accumulée sur la surface de captage, sont éliminées et ne sont pas admises dans la citerne. Le dispositif de déviation vulgarisé par le CREPA est constitué d’un Té muni à son extrémité inférieur d’un bouchon. Lorsque le bouchon est ouvert, l’eau venant des gouttières tombe par terre. Si le bouchon est fermé, l’eau pénètre dans la citerne par l’intermédiaire de la conduite reliée à un autre bout du Té.

A ces élément essentiels, il est associé un filtre qui permet la rétention de certains débris végétaux et animaux avant leur déversement dans la citerne, un robinet qui sert à l’approvisionnement et un tuyau de vidange des eaux après lavage de la citerne(7).

Les impluviums sont utilisés pour collecter les eaux en saison pluvieuse pour ensuite servir d’eau de boisson en saison sèche. Cependant, leur usage à d’autres fin n’est pas exclu.

Les impluviums types CREPA
Le CREPA vulgarise deux types d’impluviums. Ce sont :

- l’impluvium à moellon latéritique et ;

- l’impluvium en ferro-ciment.

La différence entre ces deux impluviums réside dans le fait que les parois de la citerne du premier sont faites avec des blocs en moellon latéritique ou de pierre tandis que celles du deuxième sont réalisées à l’aide de fer, de grillage poulailler, le tout enrobé dans un mortier de ciment (7). Le matériau ainsi obtenu est désigné par le terme « ferro ciment ».

Par ailleurs, il est important de savoir qu’une expérience menée par la GTZ utilisait des films plastiques comme citerne. Ceux-ci se sont avérés par la suite, facilement dégradables (1).

Qualité des eaux stockées dans les citernes
La qualité des eaux pluviales stockées dans les citernes est conforme aux normes de potabilité de la l’OMS. Ceci est la conclusion d’une série d’études effectuées par le CREPA, l’EIER et l’ETSHER au Burkina Faso (3-4-5).

Le maintien de cette qualité exige cependant, une rigueur dans l’entretien de l’ouvrage.

Cet entretien commence dès la collecte des eaux de pluies jusqu’à la fin de l’utilisation de l’eau stockée. Il consiste essentiellement à :

- la déviation des premières pluies : l’eau de pluie n’est admise dans la citerne (réservoir) que lorsque la toitures (surface de captage) est jugée suffisamment propre. La même précaution est prise lorsque les pluies connaissent une interruption de plus d’une semaine. Le dispositif de déviation des 1ères pluies doit être facilement manipulable ;

- avant le début de la consommation de l’eau stockée, il est recommandé une chloration avec du chlore pour parer à toute contamination éventuelle ;

- au début de la saison pluvieuse, les gouttières et la citerne doivent être nettoyées. L’intérieur de la citerne est bien lavée à l’eau puis désinfectée au chlore. Le fond de la citerne doit être maintenu humide (5 cm d’eau) pour éviter des fissures.

L’eau ainsi stockée peut servir pour la boisson. Dans une école de 300 élèves par exemple, la citerne de 20 m3 peut alimenter les élèves en eau de boisson pendant 1 mois scolaire si on considère une consommation spécifique de 2 à 3 litre/jour/élève. Ce qui est une alternative en cas d’absence d’eau potable.

Coût de réalisation des impluviums type CREPA
Coûts de réalisation d’un impluvium en moellon (20m3) en 2000 (7)

Désignation Coût Montants (FCFA*)
Fondation 140.350
Réservoir 138.475
Matériel – plomberie 61.440
Main d’œuvre 96.000
Total 436.265

Coût de réalisation d’un impluvium en ferro-ciment (20m3) en 2000 (7)

Désignation Coût Montants (FCFA*)
Fondation 140.850
Réservoir 215.275
Matériel – plomberie 61.440
Main d’œuvre 87.000
Total 504.565

* 1 Euro = 655, 597 FCFA

Les coûts des ouvrages annoncés sont ceux qui sont en vigueur en l’an 2000 au Burkina Faso où la tonne de ciment coûte 90 000 FCFA et les granulats à 6 000 F CFA/m3. Ce coût est donné à titre indicatif et peut varier d’un pays à un autre selon le coût est d’acquisition des matériaux de construction (7).

Avantages des impluviums pour l’approvisionnement en potable(9)
L’usage des impluviums dans l’approvisionnement en eau potable présente beaucoup d’avantages :

  • pratique : offre un approvisionnement sur les lieux mêmes de la consommation ;
  • facile à entretenir : étant donné que l’emploi et l’entretien des systèmes de captage sur toitures sont contrôlés par les usagers du réservoir ;
  • peu coûteux à l’emploi : il n’y a pratiquement aucune pièce mobile, ni d’énergie requise ;
  • meilleure qualité de l’eau : bien supérieure à celle de sources traditionnelles non améliorées, si le captage se fait dans de bonne conditions ;
  • faible impact sur l’environnement : l’eau de pluie est une source renouvelable et son introduction ne cause aucun mal ni à l’environnement, ni aux futures sources d’eau ;
  • approvisionnement omnipotent : la collecte des eaux de pluie représente toujours une solution alternative pour l’approvisionnement en eau là où il pleut;
  • simple à construire : la construction des citernes est simple et l’on peut former des ouvriers localement pour les construire offrant les possibilités de réduction des coûts ;
  • technologie flexible : on peut construire les systèmes en les adaptant à pratiquement n’importe quel besoin.

Inconvénients des impluviums(9)
A côté de ses nombreux avantages, le système présente quelques inconvénients :

  • coût de construction relativement important ;
  • approvisionnement limité par le volume de la citerne ;
  • exige une désinfection en chaque début de saison pluvieuse et lorsqu’une contamination bactériologique est constatée.

Quelques exemples d’impluviums réalisés par le CREPA
Depuis sa phase d’expérimentation, de nombreux impluviums ont été réalisés par le CREPA. Le Burkina Faso qui abrite le siège de ladite institution est un des chantiers de cette phase expérimentale.

Dans les villages de Roumtenga et d’Obri-yaoghin, deux écoles primaires situées respectivement à 15 et 30 km au Nord-est de Ouagadougou furent les premières bénéficiaires. Le village de Roumtenga abrite un impluvium avec quatre citernes en ferro-ciment tandis celui d’Oubri-yaoghin a quatre citernes en moellon latéritique (4).

Dans la ville de Ouagadougou, certaines concessions du secteur 28 et du quartier de Patte-d’oies ont aussi bénéficié de ces types de captage des eaux pluviales (3). Mais, l’espace réduit des parcelles n’a pas permis une très grande vulgarisation dans les concessions. Cependant, l’alimentation en eau de plusieurs écoles au Burkina Faso et d’autres pays de la sous région est assurée par cette technologie.

Références

[1] Ossete, J.P. (1989). La collecte et le stockage des eaux de pluie sur les plateaux Batékés : analyse technique et économique.- Brazaville, Congo : Direction de l'Hydraulique; MME, 77 p. - 24 réf.

Ce rapport sur la collecte et le stockage des eaux de pluie sur les plateaux Batékés, au Congo-Brazaville, donne des indications concernant les données techniques et économiques sur les citernes et les impluviums. Une étude comparative des variantes citernes en ferrociment et citernes GTZ permet de dire que les premières sont plus chères que les secondes. Cependant, les conclusions qui en découlent montrent que des recherches doivent être menées quant au choix d'une technique de collecte et de stockage des eaux. Ces recherches doivent être axées vers l'étude des moyens de réduction du coût de revient des aménagements.

[2] Sylla, D. (1993). Initiation aux technologies appropriées d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement dans les pays en voie de développement : cas du Burkina Faso : rapport de stage intégré long du 12 juillet au 04 décembre 1993 au CREPA à Ouagadougou, Burkina Faso.- Ouagadougou, Burkina Faso : CREPA,.- 62 p. - 7 réf.

Le présent rapport décrit les activités de stage effectué par Drissa SYLLA au CREPA siège à Ouagadougou au Burkina Faso. Trois principaux centres d'intérêts ont occupé le stagiaire. Le premier concerne l'initiation d'un projet pilote de ramassage des ordures ménagères dans un quartier de Ouagadougou. Le second porte sur les analyses qualitatives de l'eau de pluie recueillie dans des citernes en ferrociment à l'aide des systèmes de captage à partir du toit (impluvium). Enfin, le troisième concerne les constructions de latrines améliorées.

[3] Dakoure, D. (1990). Les impluviums : vérification de certains paramètres de conception des citernes, analyse de la qualité des eaux de pluie captées avant leur introduction dans les citernes, suivi de la qualité physico-chimique des eaux des citernes de Roumtenga et Patte-d'Oie (rapport de stage). Ouagadougou, Burkina Faso : CREPA. 44 p. - 5 réf.

Dans le cadre de la promotion et du développement des technologies à faible coût dans le domaine de l'eau potable, les impluviums ou système de captage des eaux pluviales ont été expérimentés au niveau d'une école située en zone rurale à la périphérie de Ouagadougou et dans une demi-dizaine de concessions à travers la ville. Depuis leur réalisation, les paramètres ayant servi au dimensionnement des citernes et le suivi de la qualité physico-chimique de ces eaux dans les citernes. Au terme de l'étude, il apparaît que du point de vue qualitatif, l'eau recueillie par les impluviums est acceptable si on fait une comparaison avec d'autres systèmes d'approvisionnement en eau tels les puits et forages.

[4] Cisse, B. (1991). Déferrisation des eaux de forages et suivi des impluviums (rapport de stage). Ouagadougou, Burkina Faso : CREPA; EIER, 43 p. - 4 réf.

Ce rapport résulte de recherche effectuées par le CREPA dans le domaine de la mobilisation de ressources en eau et la potabilisation. La première partie porte sur la déferrisation qui est un processus d'élimination du taux de fer dans les eaux de forages. La deuxième partie du stage est axée sur les impluviums ou systèmes de collectes des eaux de pluies. Il s'agissait de suivre la qualité des eaux recueillies dans les citernes. On trouve un coefficient de ruissellement de 62 %. La qualité des eaux est incluse dans les normes de potabilité.

[5] Agbezudo K. (1990). Contribution à l'étude de faisabilité technique des impluviums et à l'étude comparée de l'évolution de la qualité des eaux de pluie, des eaux de ville (ONEA-Ouaga)recueillies dans des citernes en ferro-ciment et des eaux de forage sur le site de Roumtenga.- Ouagadougou, Burkina Faso : EIER, 55 p. - 17 réf. -

Face aux problèmes épineux rencontrés dans l'alimentation en eau des populations rurales, périurbaines et même urbaines, le captage des eaux de pluie à grande échelle par impluvium (citerne en ferrociment)est une solution alternative. Après une analyse micro biologique et physico-chimique comparée des eaux pluviales et l'eau potable de l'ONEA et de forage, l'auteur note que la collecte d'eau pluviale est une technique qui mérite d'être encouragée. Cependant, une attention particulière doit d'être accordée à l'évolution de la qualité de l'eau stockée dans les citernes en ferrociment afin de répondre efficacement aux besoins des populations tant qualitativement que quantitativement.

[6] CREPA/Centre Regional Pour L'eau Potable Et L'assainissement A Faible Coût/Ouagadougou/BF. (1996). Fiches techniques des ouvrages d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement (AEPA). Ouagadougou, Burkina Faso : CREPA, 84 p. - ill., tabl.

Le CREPA a pour ambition, la création et la promotion des technologies appropriées d'eau et d'assainissement adaptées aux conditions socio-économiques et culturelles des pays membres du pôle de l'eau. Il a réalisé des ouvrages comme les latrines améliorées à fosses ventilées, les citernes de captage des eaux de pluie, les dispositifs de lave-mains et beaucoup d'autres à travers le Burkina Faso et avec succès. Ce manuel est donc une compilation des fiches techniques des ouvrages qui véhicule des informations exactes et suffisantes pour faciliter la réalisation et la vulgarisation des dits ouvrages qui ont fait preuve de bon fonctionnement.

[7] CREPA/Centre Regional Pour L'eau Potable Et L'assainissement A Faible Coût/Ouagadougou/BF. (1997). Construction de citerne de captage des eaux de pluie (Impluvium): manuel de formation des ouvriers maçons. Ouagadougou, Burkina Faso : CREPA, 37 p. - ill., 1 tabl.

Ce manuel est un ouvrage technique que le CREPA propose aux techniciens, ouvriers et organisations non gouvernementales des régions de l'Afrique confrontées aux problèmes d'alimentation en eau. C'est un guide pour la réalisation des citernes en cailloux, les matériaux nécessaires, le dimensionnement de l'aire de captage, etc.

[8] Alimentation en eau potable : captage de l'eauOIEau/CREPA [web site]. Visiter le 17 novembre 2003, des liens World Wide Web: http://www.oieau.fr/ReFEA/module3.html#pluie, http://www.oieau.fr/ReFEA/fiches/CapteEauPluie/citerne_generalite.PDF, http://www.oieau.fr/ReFEA/fiches/CapteEauPluie/1impluviums.PDF

Ce site vous donne des information sur les généralités et les techniques de construction d’un impluvium. Les informations sont en français. Vous trouverez des rubriques telles que : foires aux questions, tester vos connaissances, des bibliographies, et d’autres technologies à faible coût.

[9] CREPA/Centre Regional Pour L'eau Potable Et L'assainissement A Faible Coût/Ouagadougou/BF. (1990). Séminaire national de sensibilisation et de formation des formateurs dans les technologies d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement à faible coût. Nouaktchott, Mauritanie : CREPA, 35 p.

Le document est un rapport sur le séminaire national organisé à Nouakchott du 5 au 8 mars 1990 sur la sensibilisation des technologies appropriées dans le domaine de l'eau potable et l'assainissement à faible coût par l'antenne nationale du CREPA.

Personne-ressource

  • Cheick Tidiane TANDIA, Directeur Général du CREPA, 03 BP 7112 Ouagadougou 03 Tél.: 00 226 36 62 10 ou 36 62 11 Fax : 00 226 36 62 08 e-mail : crepa@fasonet.bf
  • Cyrille Amengran, Ingénieur, 03 BP 7112 Ouagadougou 03 Tél.: 00 226 36 62 10 ou 36 62 11 Fax : 00 226 36 62 08 e-mail : crepa@fasonet.bf

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Ecrit le: novembre 2003
Révisé le : juin 2004
Auteur : Cheick Tidiane TANDIA, Directeur Général du CREPA, mailto:crepa@fasonet.bf
Organisation : Centre Régional pour l'Eau Potable et l'Assainissement à faible coût (CREPA), Burkina Faso
Revu par : Trea Christoffers, IRC
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